Jazz in Marciac

Publié le par Nicomaque

Soiré jazz-fusion le 3 août au festival de jazz de Marciac dans le Gers
   

Au programme : Le soul-pop band de Randy Brecker (trompette) et Bill Evans (saxophone) en première partie et Marcus Miller (basse) en seconde partie. Tous les trois sont des enfants de Miles, ils ont joué avec le maître dans sa période jazz-rock (années 70-80).



Marciac est un festival très particulier. Cela fait 15 ans que j'y vais presque chaque année. On a toujours cette merveilleuse surprise de voir sur scène des monstres sacrés du jazz américain en pleine campagne gersoise, au milieu des canards, des oies et du maïs !! Marciac est un petit village à l'extrêmité du Gers, tout près des Pyrénées-Atlantiques et des Landes. Je passe mes vacances dans le coin depuis des années et j'ai vu grandir ce festival jusqu'à devenir l'un des plus réputés de France après Nice, Vienne et Antibes.

   
Ce 3 août 2005, il y avait donc 3 grandes pointures de la fusion. 2 heures de concert avec Brecker-Evans et 3 heures avec Miller. Le clou du spectacle : une interprétation de la sonate au clair de lune de Bethoven par Marcus Miller. Jubilatoire !

Extrait de la chronique de Serge Loupien dans Libération du 3 août : "Miller, Brecker, Evans, la fibre jazz-funk"

"Ce qui se fait de mieux. En ce domaine, Marcus Miller est un peu ce qui se fait de mieux. Clarinettiste classique friand de soul music, c'est à force d'écouter en douce les disques de Kool and the Gang et de Graham Central Station (possédant en leur sein les deux plus fins tireurs de la quatre-cordes funky) qu'il a décidé un matin de jeter ses anches et ses partitions de Charles Ives pour se reconvertir bassiste électrique. Non sans une certaine réussite puisqu'il devait se retrouver ainsi accompagnateur de Roberta Flack, d'Aretha Franklin, de Natalie Cole et des Brecker Brothers. Avant d'aboutir, début 1982, chez Miles Davis alors sur le point d'effectuer son grand retour scénique, à la tête d'une formation rassemblant Bill Evans au saxophone, Mike Stern à la guitare, Al Foster à la batterie, Mino Cinelu aux percussions. «Avec le recul, et malgré tout ce que j'ai pu accomplir depuis, je considère qu'il s'agit là de mes meilleures années, dit-il encore aujourd'hui, non pas à cause de la qualité de la musique mais parce que je travaillais avec quelqu'un qui comptait énormément pour quantité de gens, musiciens comme amateurs.»

Miles, de son côté, n'aura eu qu'à se féliciter d'avoir engagé un bassiste aussi au fait des tendances contemporaines. «Cela m'a beaucoup peiné quand Marcus est parti, confie-t-il dans son autobiographie, il était le meilleur bassiste que j'aie eu depuis longtemps. Et puis il était drôle, cet enfoiré, il faisait régner la décontraction dans le groupe. Il était agréable à fréquenter et s'impliquait dans ce qu'il faisait. L'enfoiré savait jouer de quatre ou cinq instruments. Il était très demandé, l'un des meilleurs musiciens de studio des Etats-Unis. Tout le monde le voulait sur son disque. Il se mettait aussi à produire et à composer, si bien que jouer avec moi l'empêchait de gagner autant d'argent qu'il aurait pu.»

«Sacré phénomène». Le même commentaire pourrait s'appliquer à Randy Brecker, trompettiste aussi innovateur (il a électrifié son instrument bien avant que Miles Davis ne songe à le faire) que singulier. Comme Marcus Miller, il a beaucoup oeuvré au service de la collectivité (Stevie Wonder, Janis Joplin, Blood Sweat and Tears, Clark Terry, Cheech and Chong, Art Blakey, David Sanborn, Frank Sinatra, Frank Zappa...), comme lui, il se révèle également à l'aise dans les contextes les plus antinomiques. Ne l'a-t-on pas entendu donner la réplique, au sein de The Pferd, au saxophoniste libertaire allemand Peter Brötzmann, dont on lut un jour qu'il possédait le plus beau son de baryton depuis Black et Dekker. «Randy est un sacré phénomène», aime à répéter son ami Pat Metheny qui, rapport à ses origines, l'a surnommé, le «Philadelphian incandescent». «Comme son frère Mike, ajoute le guitariste à tee-shirt breton. N'oublions pas qu'ensemble ils ont inventé le jazz-funk.»

Solide client. Ce soir, le grand Mike est absent. Remplacé, au ténor, par un autre solide client : l'élégant Bill Evans. Lui aussi était de la fameuse tournée 1982, immortalisée par le double album We Want Miles. Et s'il n'a pas connu ensuite la brillante carrière de Miller, il a quand même enregistré depuis avec Herbie Hancock, Gil Evans et John McLaughlin. Tous anciens compagnons de Miles Davis. A croire que Marcus a raison. Les liens unissant le trompettiste à ses sidemen débordent du cadre de la seule musique."

 
 

Publié dans Jazz-fusion

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